La vengeance est une thématique qui me fascine et ce n'est pas anodin si j'éprouve un tel intérêt pour ce sentiment très fort. Parfois perçue comme néfaste, destructrice
passionnelle et envahissante, il n'en demeure pas moins que je considère la vengeance comme une sensation humaine contre laquelle il est très dur de lutter. D'ailleurs, j'avoue être partisane de la loi de la vengeance. La raison réside dans le fait que je porte beaucoup de rancune en moi...Je suis captivée par les histoires relatant des épopées où la vengeance est un thème central et un des objectifs des héros.
A mon sens, notre société devrait être basée sur la vengeance, car même si les répercussions peuvent causer douleur et négation, j'estime que nombre d'injustices et autres faits doivent être vengés. Ressentant beaucoup de ranc½ur en moi, je suis sensible à toutes histoires liées à la vengeance. Il est évident qu'un système où règnerait la vengeance pourrait ressembler à l'anarchisme, mais il s'avère que parfois la justice n'exerce pas sa tâche comme elle le devrait et que je pense que faire sa propre justice punirait les coupables...Néanmoins, il est indéniable qu'il arrive un certain point où l'on ne peut plus éprouver de l'indulgence. L'envie de vengeance est inéluctable. L'oppression, l'humiliation et la souffrance endurées nous poussent à punir les coupables, à nous venger.
L'envie de vengeance est un sentiment humain, tout comme l'amour, mais dans un registre différent. Pourtant, on ne peut le combattre et il est très difficile d'adopter une philosophie basée sur le pardon. Le débat est éthique et pour ma part, il existe des actes impardonnables. C'est pourquoi je pense que dans certains cas, on ne peut être indulgents. Mais le débat peut se rapprocher de la perception des sanctions appliquées aux coupables.
Historiquement, on retient deux notions de vengeance : la loi du Talion et la vendetta, qui signifie d'ailleurs vengeance en italien. Tout d'abord, la loi du Talion se résume au principe suivant : ½il pour ½il, dent pour dent. J'estime que le mal que l'on nous a fait volontairement subir doit être vengé. Il s'agit là d'un sentiment de justice et de soulagement, même s'il arrive que cette méthode demeure sans issue et ne répare pas les blessures profondes. La vendetta consiste à venger sa famille en s'en prenant à l'autre famille responsable, en particulier aux hommes. Je ne cautionne pas vraiment cette politique, car elle devient vite anarchique et est finalement injuste.
La vengeance est un thème universel, évoqué et approfondi dans une multitude de livres et de films. On peut en recenser quelques-uns, dont certains sont mondialement connus et font partie de l'inconscient collectif et incarne des archétypes universels de vengeance :
Le comte de Monte-Cristo : il s'agit d'un de mes livres favoris, auquel j'ai d'ailleurs consacré un article récemment. Le héros, emprisonné à tort par ses prétendus amis pour jalousie et ambition, entreprend une démarche impressionnante afin d'assouvir sa vengeance et ainsi connaître la satisfaction intérieure. Edmond Dantès est un personnage connu dans le monde entier et il incarne à lui seul la symbolique de la vengeance. De ce fait, il fascine depuis des générations et fascinera toujours. Sa rancune est plus que légitime. En effet, ses prétendus amis, ont organisé un infâme complot pour l'enfermer dans une prison, coupée du monde. Il y passera 18 années en étant innocent. Comme il l'affirme lui-même, il n'a jamais voulu devenir si dur, mais la souffrance qu'on lui a infligée volontairement l'a amené à se comporter ainsi et à adopter ce procédé vengeur. Victime aussi d'une justice corrompue et hypocrite, il décide alors de faire justice lui-même et de punir les coupables, ce qui est tout à son honneur.
Le parrain : Cette tribologie, véritable chef d'½uvre cinématographique nous plonge dans le monde de la mafia sicilienne, où la notion de vendetta occupe une place cruciale. Elle caractérise le fonctionnement des mafieux et plus généralement de la culture méditerranéenne. Un homme sicilien, qui a insulté un mafieux local puissant, se fait assassiner par les sbires de ce dernier. Par la suite, son fils ainé est déterminé à le venger et il essaye. Durant les obsèques du père, ce dernier est abattu. La veuve, effondrée, accompagnée de son fils cadet, tente de convaincre le mafieux d'épargner son plus jeune fils. Mais la mère du jeune garçon se fait tuer sans scrupules par le mafieux. Immigré aux Etats-Unis, le jeune Vito (joué tour à tour par les excellents Robert de Niro et Marlon Brando) deviendra un parrain un peu par hasard, en assassinant un autre mafieux sans étant d'âme et aux pratiques inhumaines. Plus tard, bien que mafieux devenu parrain, il garde certains principes. Mais il sera plusieurs fois trahi. Son fils (interprété par Al Pacino) accordera encore davantage de valeur à la vengeance et vengera ainsi tous les traitres de sa famille
Sleepers : inspiré d'un fait réel et d'un phénomène occulté (les abus sexuels dans les centres de redressement), cette histoire est bouleversante. Dans les années 60 dans les quartiers populaires de New-York, 4 jeunes garçons meilleurs amis du monde provoquent par mégarde un accident où un homme est grièvement blessé. Condamnés respectivement à 6 mois et 1 an de privation de liberté, les 4 amis sont transférés dans une maison de redressement où l'enfer les attend. En effet, le centre pénitentiaire est dirigé par un maton sadique et pervers. Lui et ses collègues abuseront et tabasseront régulièrement les 4 jeunes garçons. Rongés par la culpabilité et la honte, ils font le serment de ne jamais révéler l'atroce vérité. Vingt ans plus tard, deux des jeunes garçons, qui sont devenus des truands, rencontrent par hasard leur ancien bourreau dans un bistrot. Là, leurs terribles souvenirs refont surface et ils entreprennent de punir le responsable. Ils l'abattent sans état d'âme et accomplissent ainsi leur vengeance. Cette scène est pour ma part jouissive. Ce film est d'autant plus intense en émotion qu'il aborde le douloureux thème des abus sexuels. J'ai ma propre vision sur ce sujet et j'estime que la meilleure punition est de faire au coupable ce qu'il a pu commettre...
Carrie : roman culte de Stephen King, cette histoire traite de façon importante la vengeance, comme beaucoup d'autres ½uvres de l'écrivain d'ailleurs. Carrie, jeune fille frustrée, subissant la personnalité religieuse et fanatique de sa mère, fait office de bouc émissaire à l'école. Un jour, dans les douches de la salle de gym, elle constate avec stupeur et incompréhension qu'elle a ses règles, sous les regards moqueurs de ses camarades. Bien jeune, elle a constaté qu'elle était dotée de pouvoirs surnaturels. Ridiculisée et humiliée en permanence par la plupart de ses camarades, elle participe tout de même au bal, malgré la réticence déchainée de sa mère. Lors de ce bal, une équipe de jeunes (dont une fille capricieuse et prétentieuse au possible qui en a été exclue) lui inflige l'humiliation ultime. En effet, elle est sacrée reine de la soirée et monte sur le podium. Mais c'est alors qu'un seau de sang de porc se déverse sur elle...Sa vengeance sera terrible : elle déchaine un incendie ravageur. La quasi-totalité de convives sera tuée. Carrie ou la vengeance de la victime constamment rabaissée.
Christine : dans le même genre, Christine raconte l'histoire d'un jeune garçon prénommé Arnold, au physique plutôt ingrat et mal dans sa peau, également persécuté par une bande de voyous, qui fait un jour l'acquisition d'une étrange voiture. Cette voiture se révèle être possédé par des forces démoniaques. Avide de rancune à l'égard de ses tortionnaires, l'âme destructrice de cette voiture s'empare de l'esprit d'Arnold. Grâce à sa complice diabolique, il assouvit sa vengeance mais il sera à son tour victime de son arme. Cette histoire peut signifier que la vengeance s'avère parfois être un sentiment dévastateur.
Dolorès Claiborne : autre récit de Stephen King qui traite de la vengeance, mais dans un contexte entièrement réaliste et dénoué de surnaturel. Dolorès Claiborne, femme de ménage à la vie rude, est un jour accusée du meurtre de sa patronne, une acariâtre femme riche devenue sénile. Elle clame son innocence. Au fil de l'enquête, elle raconte sa triste vie. Sa vie privée, avec son mari violent, est catastrophique elle aussi. Alcoolique et brutal, il la bat régulièrement et l'humilie. Mais elle découvrira par la suite qu'il abuse de leur fille âgée de 13 ans. Sa patronne, bien que dure et hautaine, lui conseillera, après avoir entendu ses terribles confessions, de se débarrasser définitivement de son mari. Elle prépare soigneusement sa revanche, lors d'une éclipse. A cette occasion, elle lui offre une bouteille de whisky, qu'il adore tant. Complètement ivre, elle parvient à le faire courir dans les alentours de la maison afin qu'il tombe dans le puits. L'enquête policière affirmera qu'il s'agit d'un accident, mais les soupçons pèsent toujours dans les esprits. Certes, elle est responsable de la mort de son mari, mais il l'a bel et bien mérité, après les horreurs qu'il commettait et elle s'avère être innocente dans la mort de sa patronne, puisqu'il s'agit d'un suicide de la part de celle-ci. Dans le film, très réussi et avec la géniale Kathy Bates en vedette, l'héroïne est confrontée à sa fille, spécialement venue et lui raconte la vérité.
Les évadés: ce film inspiré d'une nouvelle de Stephen King (encore lui) met en vedette Morgan Freeman et Tim Robins. Un banquier se trouve injustement accusé du meurtre de sa femme et de l'amant de celle-ci. En prison, il se lie d'amitié avec un homme noir, joué par l'excellent Morgan Freeman. Les gardiens et le directeur, corrompus jusqu'à l'os, utilisent ses talents de comptable pour frauder aux impôts. Un jour, un jeune prisonnier confie au directeur qu'il connaît le véritable meurtrier, mais il se fera abattre sous les ordres du directeur. Le comte de Monte-Cristo est d'ailleurs évoqué. Il s'agit d'un modèle fascinant pour tout prisonnier accusé injustement. Durant les 20 années passées en prison, il parvient à s'échapper. Une fois libre, il prépare sa vengeance contre le directeur corrompu et sans scrupules, en dévoilant ses fraudes fiscales. Ce dernier se suicide. Le héros sera rejoint par son ami noir, une fois libre.
Gladiator : péplum fantastique de Ridley Scott, ce film avec Russel Crow dans le rôle d'un valeureux général romain a aussi pour thème principal la vengeance. L'empereur Marc Aurèle admire le courage du général et le désigne même comme son héritier, tant il l'apprécie, au détriment de son fils, qui selon lui ne possède pas les qualités nécessaires. Affreusement jaloux de son « rival », il assassine son père, déjà faible et complote une terrible punition contre le général. Il envoie une troupe de soldats massacre sa femme et son fils, vivant en Espagne, pays d'origine du général. De retour au pays, après avoir fui le nouvel empereur Commode, fils de Marc Aurèle, il constate avec horreur le sort réservé à sa femme et à son fils : ils ont été pendus et brûlés vifs. Par hasard, il se retrouve dans un marché d'esclaves et il entamera une brillante carrière de gladiateur, en raison de son expérience militaire. Arrivé à Rome, honneur ultime pour un tel combattant, il finit par affronter Marc Aurèle, en le blessant mortellement. Mais le général préfère lui aussi mourir, afin de retrouver sa famille. Une fois sa vengeance accomplie, il accède enfin à la plénitude.
V for Vendetta : comme l'indique son nom, ce film d'anticipation traite de la vengeance. Héros masqué et charismatique, V s'est autoproclamé justicier dans un système dictatorial, injuste et corrompu. Il venge les victimes opprimées et tuées par ce gouvernement inhumain. La scène finale est particulièrement impressionnante : on voit V défiler avec toutes les personnes victimes du système, tels des martyrs.
Les romans et films abordant la vengeance sont parmi les plus fascinants qu'ils soient. Sentiment ambivalent, la vengeance ne cesse pourtant de passionner.